VIVRE AUX ECLATS | 5 rue Pizay 69001 Lyon
Intervention_Clown_Skype

La Fée Skype

Pour pallier cette période suspendue, il m’a paru comme une évidence de proposer un rendez-vous via Skype entre les clowns de VIVRE AUX ÉCLATS et les résidents et professionnels du Foyer d’Accueil Médicalisé des Tourrais de Craponne. L’idée de départ était de faire un petit coucou et de se voir tout simplement pendant quelques minutes pour garder le lien. Avec l’accord de VIVRE AUX ÉCLATS et en concertation avec les coordinateurs des Tourrais, Bertille a rendu visite aux résidents de deux Unités, via la Fée Skype, mercredi 25 mars. Je ne cache pas que cette expérience m’a beaucoup touchée, amusée, fait monter l’adrénaline ! J’ai eu mon petit trac juste avant la sonnerie de Skype ! Ce fameux générique qui nous annonce qu’on va pouvoir rentrer en communication avec d’autres… « Quelle chance en ces temps de confinerie ! » dirait Bertille qui a d’ailleurs créé pour l’occasion son propre Skype, Bertille Ici.

Les résidents étaient ravis de la voir et très vite ils ont demandé des nouvelles des autres clowns. Bertille leur à dit qu’elle allait se connecter avec eux et qu’elle les emmènerait au Tourrais via la Fée Skype pour venir les voir ! Les rendez-vous s’enchainent maintenant depuis huit semaines. C’est une nouvelle aventure, un chantier rocambolesque qui s’ouvre dans notre pratique de clowns à l’hôpital, nous interpelle. Nous voici coupé de contacts humains pendant ce confinement, ce rapport à l’autre qui est essentiel dans nos vies et qui donne l’essence même du clown et de la création, et c’est devant un écran et une caméra que nous retrouvons l’autre … l’autre par lequel on existe et par lequel tous les possibles vont naître…
Le regard, la voix sont les outils essentiels de ce nouveau lien qui se met en place « Allo ? Il y a quelqu’un ? Tu me vois ? Tu m’entends ? Vous êtes là ? » Le toucher, l’odorat laissent la place à d’autres chemins qui surprennent et interrogent. Le chantier se construit pas à pas et chaque nouveau rendez-vous ouvre une palette de jeu à laquelle nous n’aurions peut-être pas pensé.

Ces rendez-vous se préparent. Il y a le temps de l’installation, la mise en scène du décor du clown qui invente son propre espace pour aller retrouver au mieux son partenaire de jeu et les résidents qui attendent cet évènement. C’est dans un coin de ma cuisine que je découvre le monde confiné de Bertille. La préparation entre partenaires se fait aussi via Skype : choix d’accessoires et d’objets en tous genres qui vont devenir des partenaires de jeu, vont se transformer via la caméra et ouvrir peut-être sur un imaginaire. Les chansons, la musique, les chorégraphies sont un bon moyen pour fédérer tout le monde et tout à coup mettre en mouvement cette vie virtuelle qui nous interpelle et nous dépasse. On note aussi l’importance de nommer les résidents, de les interpeller, de leur donner le focus pendant ce temps de rencontre. Les textes, les poèmes, les photos trouvent leur place et évoquent tour à tour un souvenir, un parfum, une matière… des émotions, un échange vivant. Aller encore plus dans le jeu physique, les expressions du visage, jouer sur les distances… proche ou loin de la caméra, disparaitre, inventer un personnage fictif et le faire vivre. Le décalage de la vidéo amène un décalage à la situation, qui donne aussi cette contrainte de prendre le temps d’écouter ce qui se passe, de s’écouter entre partenaires… Et puis il y a le temps du bilan, de l’après, du « comment ça s’est passé », ce qui peut être amélioré́, construit pour la suite…

Oui, jouer via Skype, nous contraint, mais nous permet aussi d’ouvrir, d’essayer, d’expérimenter de nouveaux outils… Oui, cela nous met en difficulté et en même temps cela pose notre jeu, réinterroge sur de nouveaux possibles. Bien sûr, il y a les problèmes techniques, la lumière qui manque, la mauvaise connexion, l’image floutée, la tablette du lieu posée sur la table, le ras-le-bol de l’écran, la prise et le don de la parole qui restent compliqués, la difficulté́ de capter les intentions avec l’écran et le léger décalage. Il y a comme de l’absurde qui nait… Cela créé des moments où tout le monde parle et d’autres moments de silence où chacun voudrait entendre l’autre… Puis ce temps où l’on raccroche et le vide, plus rien, enfin presque, car une histoire s’est écrite le temps d’une parenthèse virtuelle.

Cette expérience relie les clowns, les professionnels, les résidents. Certains résidents sont plus en lien avec les clowns par l’outil Skype qu’en temps normal. Les retours de certaines et certains sont d’une implacable sincérité́ et font sens dans notre rôle d’être présent en clown. Je pense aux retours d’une résidente qui nous dit : « On se sent bien chaque fois que vous êtes là à nous parler, on ne s’ennuie pas. Vous nous manquez énormément. On est coincé mais on est heureux de vous voir. Vous nous faites rire quand sur Skype vous faites des chansons et des poèmes. Je rigole à chaque fois que vous êtes là. »

Je ne suis pas une adepte de la technologie et du monde virtuel. Être clown c’est être en lien, jouer avec l’autre, vivre des émotions. Je ne pensais pas un jour intervenir en clown via Skype, quelle drôlerie ! J’espère que ce temps virtuel n’est qu’une passerelle pour mieux revenir, chargée de toute cette expérience ! À suivre…

Confinement & Clownement,
Emmanuelle Rivier, alias Bertille, comédienne-clown à VIVRE AUX ÉCLATS

Crédit photo : Robert Magurno

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