PORTRAIT | Grégory Escolin est clown hospitalier. Depuis 10 ans, il visite les établissements de soins lyonnais avec l’association VIVRE AU ECLATS.
Son objectif : rendre le quotidien plus joyeux pour les patients, leurs familles, et les soignants.
« Mon métier, c’est clown à l’hôpital », dit-il dans un sourire fier. Lorsque Grégory Escolin se rend au travail, il enfile sa chemise, sa veste de costume… et son nez rouge. A 48 ans, il travaille depuis une dizaine d’années pour l’association lyonnaise VIVRE AUX ECLATS, aux côtés de 17 autres artistes-clowns qui interviennent en duo dans les milieux de soins. Installé dans un café, autour d’un chocolat chaud, il explique : « Notre but est d’amener de la vie dans ces lieux, où on oublie souvent qu’avec un bon moral, c’est plus facile d’être en meilleure santé ». Ces interventions se passent toujours dans les mêmes établissements, à l’hôpital, en EHPAD et auprès des personnes en situation de handicap. Elles durent deux heures, pendant lesquelles il « porte le nez », il incarne son personnage. « Tout est décalé, poétique pendant ces deux heures, où j’essaye de créer un lien avec les personnes ». C’est un exercice loin d’être facile. Grégory insiste : le clown, c’est un art.
« Le clown, c’est l’humanité dilatée »
Alors qu’il étudie les sciences, Grégory se voit offrir trois balles de jonglage à ses 17 ans. De fil en aiguille, il découvre les arts du cirque et du théâtre et devient artiste clown. Agé d’une vingtaine d’années à peine, il part en ex-Yougoslavie, pays en pleine reconstruction après la guerre, pour faire revivre la culture mise au second plan lors du conflit. Tous les matins, les enfants les attendent avec impatience, lui et les autres artistes. « Ils m’ont baptisé Pirgo, qui veut dire tâche de rousseur, parce que j’en avais plein. J’ai gardé ce nom parce que je trouvais ça beau d’être nommé par des enfants » se remémore-t-il, les yeux brillants. Son clown nommé, il lui fallait maintenant une personnalité. « On part de soi, de ses caractéristiques, de son vécu personnel, et on dilate tout ça. Le clown, c’est l’humanité dilatée ». Pirgo, lui, est un joueur maladroit, qui contrebalance sa carrure imposante avec sa grande sensibilité. Muni de son ukulélé, il utilise aussi la musique pour créer une connexion avec les patients. Pour être clown à l’hôpital, il faut avoir plusieurs cordes à son arc.
« Parfois quand je dis que je suis clown, les gens sourient en me demande quel est mon vrai métier » avoue Grégory dans un rire. Pourtant, être clown nécessite une vraie maîtrise artistique : danse, musique, théâtre ou acrobatie… Les clowns sont des intermittents du spectacle, un statut reconnu en France. Pour exercer en milieu de soins, il a fallu suivre une formation supplémentaire de 3 mois. Outre les qualités artistiques, il faut savoir faire preuve d’une empathie exacerbée. C’est sa sensibilité pour l’Humain et son histoire personnelle qui ont poussé Gregory dans cette voie.
« Petit, j’ai dû rester un mois à l’hôpital, et ça a marqué mon enfance » se souvient-il. C’est cette expérience qui lui a donné envie d’apporter de la joie dans des lieux souvent alourdis par le poids de la maladie et des soins quotidiens.
Le rire comme remède
Après un brief avec le référent de l’établissement sur l’état des patients, Grégory laisse la place à Pirgo et déambule dans l’hôpital avec son binôme. De chambre en chambre, il tente d’égayer petits et grands, toujours en improvisation. « On réagit en fonction de la personne, donc on peut s’adapter à toutes les situations » affirme-t-il. Il se souvient, encore ébahi, d’une interaction avec un enfant qu’il croise à l’autre bout d’un couloir. Cent mètres les séparent et pourtant ils se mettent à danser ensemble, sans avoir échangé un mot.
« Quand on est là, il y a des personnes qui s’allument »
Ces petits moments de folie ne sont pas réservés qu’aux patients. Les familles et les soignants sont aussi conviés au jeu. « J’adore faire danser les soignantes, un girls band de femmes en blouses blanches ça met tout de suite une bonne ambiance » s’amuse Grégory. Intégrer le personnel médical est à la fois un moyen de l’humaniser pour les patients, mais aussi d’apporter aux soignants une pause de gaité dans leur quotidien parfois difficile. « On est témoin de la fatigue, du manque de personnel, donc on essaye de les soutenir ».
Pour que les clowns gardent aussi le moral, une supervision psychologique a lieu une fois par mois. Si Grégory reconnaît qu’il peut y avoir des moments difficiles face à la maladie, ils sont rattrapés par le bonheur qu’il apporte. « Quand on est là, il y a des personnes qui s’allument », explique-t-il en évoquant un patient atteint d’Alzheimer qui se met à rire et chanter avec lui lorsqu’il arrive à l’EHPAD. C’est cette lumière qui, depuis 25 ans, le motive à porter son nez rouge.
Clara Asciac
Etudiante en Master 1 Nouvelles Pratiques Journalistique à l’université Lumière Lyon 2

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