VIVRE AUX ECLATS | Résidence Thiers | 171 avenue Thiers | 69006 Lyon

RÉTROSPECTIVE : 30 ans d’Éclats – des clowns et une pandémie

Pour célébrer les 30 ans de l’association VIVRE AUX ÉCLATS, du 20 avril au 20 juin 2026, nous re-découvrons les projets créés depuis 1996.

Notre rétrospective touche à sa fin et nous souhaitons aujourd’hui mettre en lumière le travail effectué par les artistes-clowns durant la pandémie de la COVID 19.

Tout au long de cette période, les artistes-clowns de VIVRE AUX ÉCLATS n’ont eu de cesse d’inventer, d’innover, de faire avec leurs possibilités, leurs envies, leurs convictions, de rester attentifs à chacun, afin de maintenir le lien avec les résidents et les patients, de rompre l’isolement des plus vulnérables et de soutenir les équipes de soins.
Chaque semaine, ce sont des vidéos, des cartes postales, des coloriages de nos clowns qui ont été envoyés aux établissements partenaires. Ce sont aussi des rendez-vous en visio, via les outils numériques disponibles, qui ont été mis en place : la « FéeSkype » et ses ami·e·s se sont lancés un nouveau défi en expérimentant le jeu en duo à distance et par écran interposé !

Plongez sans retenue dans le récit d’Emmanuelle Rivier, alias Bertille, à l’origine de la « Fée Skype ».

Mars 2020
Les mails pleuvent pour nous annoncer les lieux qui ferment leurs portes aux visites des Clowns de VIVRE AUX ÉCLATS et à toutes autres associations. Nous espérons que ce sera juste pour un petit moment, pour deux ou trois séances, mais nous nous retrouvons en confinement pour plusieurs semaines.
sidération, interrogation, faire avec ? poursuivre le lien ? comment ?

Pour pallier à cette période suspendue, il m’est apparu comme une évidence de proposer un rendez-vous via Skype entre les clowns de VIVRE AUX ÉCLATS et les résidents et professionnels du Foyer d’Accueil Médicalisé des Tourrais de Craponne, lieu où j’étais référente à cette période. Au départ, l’idée était de faire un petit coucou et de se voir tout simplement pendant quelques minutes pour garder le lien.

Avec l’accord de VIVRE AUX ÉCLATS, et en concertation avec les coordinateurs des Tourrais, Bertille a pu rendre visite aux résidents de deux Unités, via la « FéeSkype » le mercredi 25 mars 2020.

Je ne cache pas que cette expérience m’a beaucoup touché, amusé, fait monté l’adrénaline, oui! oui! j’ai eu mon petit trac juste avant la sonnerie de Skype ! Ce fameux générique qui nous annonce qu’on va pouvoir rentrer en communication avec d’autres…

Quelle chance en ces temps de Confinerie ! comme dirait Bertille, qui a d’ailleurs créé pour l’occasion, son propre Skype : Bertille Ici.

Les résidents, ravis de retrouver Bertille, n’ont pas tardé à demander des nouvelles des autres clowns. Elle leur a alors promis de les réunir grâce à la « FéeSkype » pour une visite virtuelle au Tourrais !

Les rendez-vous s’enchainent depuis 7 semaines, une nouvelle aventure, un chantier rocambolesque s’ouvre dans notre pratique de clowns à l’hôpital. Nous nous retrouvons coupés de contacts humains pendant ce confinement, ce rapport à l’autre qui est essentiel dans nos vies et qui donne l’essence même au clown et à la création. C’est devant un écran et une caméra que nous allons pouvoir retrouver l’autre… l’autre par lequel on existe et par lequel tous les possibles vont naitre.

Le regard, la voix, sont les outils essentiels de ce nouveau lien qui se met en place, « allo ? Il y a quelqu’un ? tu me vois ? tu m’entends ? Vous êtes là ? ».
Le toucher, l’odorat laissent la place à d’autres chemins qui surprennent et interrogent.

Le chantier se construit pas à pas et chaque nouveau rendez-vous ouvre une palette de jeu à laquelle nous n’aurions peut-être pas pensé.

Ces rendez-vous ne s’inventent pas en deux ou trois mouvements : il y a le temps de l’installation, la mise en place ou la mise en scène du décor du clown, les interrogations sur la manière dont on investit ce moment.

Pour ma pomme, c’est dans un coin de ma cuisine que je découvre le monde confiné de Bertille, et chaque clown invente son espace pour aller retrouver au mieux son partenaire de jeu et les résidents qui attendent cet événement.

Les clowns se préparent en visio, face caméra, choisissent des accessoires et objets en tout genre qui deviennent de véritables partenaires de jeu et permettent d’ouvrir sur un imaginaire.

Les chansons, la musique, les chorégraphies sont un bon moyen pour fédérer tout le monde et mettre en mouvement cette vie virtuelle qui nous interpelle et nous dépasse.

L’importance de nommer les résidents, de les interpeller, de leur donner le focus pendant ce temps de rencontre. Les textes, les poèmes, les photos… trouvent leur place et évoquent tour à tour un souvenir, un parfum, une matière… des émotions, un échange vivant. Aller encore plus dans le jeu physique, les expressions du visage, jouer sur les distances… proche, loin de la caméra… disparaître… inventer un personnage fictif et le faire vivre.

Vient ensuite le temps du bilan : comment s’est passée cette rencontre virtuelle, que pouvons-nous améliorer et construire pour la suite ?

Le décalage de la vidéo amène un décalage à la situation nous contraignant ainsi à bien prendre le temps d’écouter ce qui se passe, à s’écouter entre partenaires de jeu afin que la situation soit bien claire, la plus fluide possible.

Oui ! jouer via Skype, nous contraint !
Nous sommes confrontés aux problèmes techniques inhérents à la visio : une mauvaise luminosité, une mauvaise connexion, des images floutées, la tablette du lieu posée sur la table et c’est sans compter sur le ras le bol de l’écran ! La prise et le don de parole peuvent être compliqués, capter les intentions aussi. Derrière l’écran, il y a comme de l’absurde qui se crée. Tout le monde parle en même temps et, l’instant d’après, s’installe un silence où chacun voudrait entendre l’autre.

Une fois l’appel terminé, le vide. Plus rien. Enfin presque, car une histoire s’est écrite le temps d’une parenthèse virtuelle.
Malgré tout, cela nous permet d’ouvrir, d’essayer, d’expérimenter de nouveaux outils… Oui ! cela nous met en difficultés, et en même temps cela pose notre jeu et réinterroge des nouveaux possibles.

Cette expérience relie les clowns, les résidents et les professionnels.
Certains résidents sont plus en lien avec les clowns par l’outil Skype qu’en temps normal. Les retours de certaines et certains sont d’une implacable sincérité et font sens dans notre rôle d’être présent en clown.

Je pense aux retours d’une résidente :
« On se sent bien chaque fois que vous êtes là, à nous parler, on ne s’ennuie pas… Vous nous manquez énormément, j’espère que vous aussi. On est coincé, mais on est heureux de vous voir quand même … Vous nous faites rire, sur Skype, vous faites des chansons, des poèmes. Je rigole à chaque fois que vous êtes là. »

Je ne suis pas une adepte de la technologie et du monde virtuel… Être clown c’est être en lien, jouer avec l’autre, vivre des émotions… Je ne pensais pas un jour intervenir en clown via Skype… quelle drôlerie ! J’espérais que ce temps virtuel ne soit qu’une petite passerelle pour mieux revenir, chargée de toute cette expérience !

Ce fut le cas, cette expérience a porté avec enthousiasme notre retour en chair et en os dans les lieux où nous intervenions et continuons d’intervenir.

Les visio Skype ont fédéré professionnels et résidents, elles ont été très positives, elles ont permis de rentrer en relation plus intimement avec les résidents par exemple par le biais des rendez-vous en chambre sur une tablette. Elles ont permis de gagner des résidents récalcitrants aux clowns, et d’asseoir une confiance du travail des clowns de VIVRE AUX ÉCLATS auprès des lieux d’intervention existant et à venir.

Une expérience bien singulière qui a nourri mon métier de clown en milieu de soins.

Emmanuelle Rivier – Bertille

📅 du 20 avril au 20 juin 2026
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Chaque don permet de poursuivre ces instants précieux qui apaisent, redonnent une place essentielle aux émotions et à la relation humaine. ❤️

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